Alfred Giard et la villa « La Napoléonette »

1908, une année noire pour Wimereux.

Le 8 août disparaissait, le jour de son 62ème anniversaire, le Professeur Alfred GIARD. Il avait dû procéder quelques mois auparavant, à deux reprises, à une tâche particulièrement écrasante et douloureuse : celle de prononcer l’éloge funèbre de deux de ses plus proches disciples et amis, disparus tous deux dans leur 49ème année.

Philippe FRANÇOIS, chef de travaux et Directeur-adjoint de la station Zoologique de Wimereux est décédé le 13 mars 1908.

Jules BONNIER, préparateur et élève de GIARD pendant près de 30 années, que Philippe FRANÇOIS avait remplacé pendant sa longue maladie (il avait souffert pendant 4 ans d’une grave affection au cerveau) dans ses fonctions de directeur-adjoint des deux laboratoires est décédé quant à lui le 10 mai 1908.

Le deuxième point d’arrêt du circuit du Charme de Wimereux à l’occasion des Journées Européennes du Patrimoine, agrémenté par les Loukoums Givrés.  Il est préférable, pour une bonne compréhension de la saynète du 16 septembre de lire la totalité de l’article ci-après.
Le lien vers le sketch se trouve en bas de page.

Discours prononcé par GIARD lors de l’inauguration du laboratoire de zoologie maritime en 1874 :

« (…) le choix de la station de Wimereux m’était indiqué par des raisons nombreuses et importantes. La première et la plus sérieuse est la nature géologique du rivage : la richesse zoologique d’une côte est en raison directe de l’âge des roches qui la composent. Mon attention devait donc se porter sur les terrains jurassiques du Boulonnais et sur ceux dont la structure minéralogique est la plus compacte, les grès portlandiens qui forment les plages de Wimereux et du Portel bien plus riches que les environs de Dunkerque et le rivage de la mer du Nord.

Wimereux est près de Boulogne et relié à cette ville par le chemin de fer : c’est là un second avantage qui m’a paru avoir quelque valeur (…) l’absence d’établissement balnéaire et le manque d’hôtel luxueux écartent de Wimereux cette population oisive et malsaine dont la curiosité paresseuse est si gênante pour le travailleur dans les ports de mer plus courus et plus renommés.

Enfin, grâce au nouveau chemin de fer de St Omer à Boulogne, on peut facilement faire en 3 heures le trajet de Lille à Wimereux ; venir, par exemple, recueillir des animaux pendant une grande marée et retourner le soir à Lille avec son butin pour l’étudier les jours suivants.

(…) nos dépenses s’élèvent à 1080 francs pour la location de l’immeuble du 15 juin 1874 au 15 juin 1875″.

La situation du chalet est des plus favorables : voisin du rocher de la Tour de Croÿ, il fait face à un ruisseau, le Wimereux, qui a donné son nom au hameau et dont les bords sont encore hérissés de poutres de chêne, squelettes d’anciennes estacades datant du Camp de Boulogne. Le Wimereux servit alors d’abri pour les barques et on avait même creusé là un port dont on voit la place, occupée par une eau saumâtre. Celle-ci est pour le laboratoire une ressource de plus ; elle nourrit des animaux particuliers qu’on ne trouve que dans ces conditions, c’est-à-dire dans les étangs alimentés d’eau douce mais qui reçoivent de temps à autre la visite de la mer » (G. POUCHET, «Les laboratoires maritimes» 1877).

De plus en plus s’accentuait le caractère internationaliste qui avait dès l’origine distingué le laboratoire de Wimereux et étendu sa renommée bien au-delà de nos frontières. Anglais, Italiens, Espagnols, Russes, Hollandais, Belges surtout, venaient demander l’hospitalité du misérable chalet, dont au loin on exagérait volontiers les dimensions. Et c’est chose amusant et triste à la fois de voir l’étonnement des nouveaux venus quand ils étaient enfin parvenus à découvrir au milieu des dunes, l’humble toit sous lequel ils sollicitaient, parfois depuis longtemps, la faveur de travailler (…).

« L’observatoire biologique de Wimereux est très simple ; au milieu du sable aride et mouvant à l’embouchure même du Wimereux, un tout petit chalet isolé, mal abrité de l’âpre vent du large par la dernière dune, tel est le bâtiment. À l’intérieur, à l’unique étage, 3 chambres pour le professeur et ses élèves ; dans le sous-sol : au rez-de-chaussée, les pièces transformées en laboratoire ». (Charles BOISSAY, 1877)

« Dans le local exigu, quelques aquariums occupés par des poulpes, des anémones, des molgules, c’est tout ce que l’on peut montrer aux savants visiteurs de 1874. Nous fîmes une promenade dans les admirables dunes que le mauvais goût des baigneurs, alors bien peu nombreux, n’avait pas encore nivelées. » (Ad. WURTZ)

Quelques-unes des espèces découvertes

Le Talitre phosphorescent

« M. De QUATREFAGES a indiqué, pour le talitre (puce de mer), la cause de sa phosphorescence : elle est due à des Noctiluques qui se fixent sur la carapace de l’Amphipode, comme elles demeurent sur le sable humide après le retrait de la marée. Ainsi, grande fut ma surprise lorsque je rencontrai, le 5 septembre dernier [1889] sur la plage de Wimereux, un talitre phosphorescent, d’un éclat si intense et si continu que les noctiluques ne pouvaient évidemment jouer aucun rôle dans le phéno- mène.

Il était 10h du soir et malgré la clarté de la lune, alors presque pleine, on apercevait le talitre lumineux à plusieurs mètres de distance.

La lueur était verdâtre, elle provenait de l’intérieur du corps du crustacé, complètement illuminé jusqu’aux extrémités des antennes et des pattes, et ne présentant de points obscurs que les yeux, formant 2 taches noires sur ce fond brillant.

L’animal marchait lentement sur le sable au lieu de sauter avec rapidité comme ses congénères.

Toutes les recherches faites le soir même et les soirées suivantes pour trouver d’autres talitres dans le même état, furent absolument sans succès.

Pour étudier plus complètement la bactérie, je recueillis une goutte de sang de talitre et j’y ajoutai un peu de violet de gentiane Ainsi traitée, la bactérie se colore vivement (…)

La maladie phosphorescente étant manifestement de nature infectieuse, j’essayai des inoculations sur des talitres et sur des orchesties. Je coupai à cet effet encore 2 pattes au talitre lumineux. Chacune d’elle fut dilacérée séparément dans du sang de talitre et dans du sang d’orchestie ; puis avec une aiguille stérilisée, je piquai 10 talitres et 10 orchesties, puis j’appliquai ensuite une trace de virus sur les piqûres : les animaux inoculés furent placés dans la cave du laboratoire, à une température de 15 à 18 degrés.

Le résultat dépassa mon attente. Sur 10 talitres inoculés le 6 septembre, 6 commencèrent à briller le 8, et se montrèrent le 9 au soir aussi éclatants que le premier talitre lumineux. Sur une douzaine d’orchesties inoculées le même jour, 3 devinrent phosphorescentes le 9, et étaient resplendissantes le 10 septembre.

J’ai continué les inoculations en opérant tous les 2 ou 3 jours environ. 2 talitres suffisent pour permettre de voir l’heure sur une montre.

Plus de 300 talitres lumineux ont ainsi été produits, et la cave du laboratoire présentait chaque soir un aspect féérique qui faisait l’admiration des baigneurs en villégiature à Wimereux. »

La sacculine

« Depuis l’année 1873, j’ai rencontré sur les crustacés de nos côtes, une vingtaine d’espèces de sacculines, dont plusieurs sont nouvelles pour la science ou ne sont encore qu’imparfaitement connues. La sacculine arrive à sa complète formation pendant la période de reproduction du crabe, en juin et juillet.

Espèce parasitée observée : le Stenorynchus : crabe transparent. Chez les femelles infestées, l’influence du parasite se fait sentir à l’intérieur du crabe par l’avortement des ovules et modifie extérieurement les 4 paires de pattes de l’abdomen : elles deviennent très inférieures à la normale.

Et j’ai observé surtout, sur des stenorynchus infectés, que je croyais être des femelles, que ces individus étaient des mâles dont la queue avait cependant la largeur et tous les caractères extérieurs de l’appendice d’une femelle, et il y a plus : les pinces de la première paire de pattes, au lieu d’être fortement développées et de dépasser longuement la tête comme chez les mâles normaux, étaient faibles et réduites comme dans le sexe femelle.

(…) Dès mon arrivée à Wimereux, pendant les vacances, profitant de ce que la sacculine était relativement commune cet été, j’examinais un grand nombre de crabes Carcinus maenas [crabe vert] infestés et il me fut bientôt facile de constater et de faire constater à mes élèves les effets de la castration parasitaire sur les jeunes crabes mâles : (…) lorsqu’un jeune crabe est infesté par une sacculine, il prend en partie les caractères sexuels extérieur du sexe femelle. Les vieux mâles porteurs de sacculines ne diffèrent en rien des mâles normaux. (…) la castration parasitaire, en faisant disparaître l’instinct génital du sexe mâle, peut amener certaines manifestations d’instinct du sexe opposé (amour maternel) mais dans ce cas, l’instinct maternel s’applique au parasite et le protège, comme s’il protégeait la progéniture dans l’état normal. »

« Sur la plage de Wimereux où l’étoile de mer commune est très abondante, surtout pendant les mois d’hiver et de printemps, on trouve assez fréquemment parmi ces animaux, diverses monstruosités intéressantes : on peut ainsi recueillir tous les ans plusieurs individus présentant 6 rayons au lieu de 5, qui est le nombre typique de l’espèce. On trouve de temps en temps des spécimens dont un rayon est bifurqué vers la moitié : un fort bel échantillon présentant cette particularité a été recueilli à Wimereux et déposé au musée de Douai. »

« Une Astérias [étoile de mer] à 8 bras a été recueillie en septembre 1880 sur les rochers de la tour de Croÿ, au lieu de 5 normalement. »

« Dans le courant de septembre 1890 fut pêché à l’embouchure du Wimereux un turbot, présentant une monstruosité déjà connue, mais cependant assez rare. L’œil droit s’était arrêté sur la crête dorsale, de telle sorte que la nageoire dorsale était séparée de la partie avant de la tête, par une véritable échancrure. L’animal devait nager en se tenant verticalement et se poser rarement sur le côté droit. La face droite (face aveugle) au lieu d’être blanche était colorée comme la face gauche. Il mesurait 19cm de longueur sur 11cm de large, la distance des deux yeux était de 5mm. »

Vers la vidéo du sketch

 

 

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